Fiction TV américaine et tabou de la guerre d'Irak.
Le 27 Juillet 2005, le premier épisode d'une série sur le conflit était diffusé sur FX.
«On a déjà survécu une semaine, c'est déjà pas mal», souffle un soldat fraîchement débarqué en Irak. Il est enrôlé dans l'armée fictive d'Over There, première série télé à mettre en scène la guerre américaine en cours. Alors qu'à l'exception des rubans jaunes de soutien aux troupes aimantés à l'arrière des voitures, le conflit est étrangement effacé du quotidien américain, la chaîne fX met à l'antenne la première fiction sur fond de guerre en Irak.
«J'ai vu l'émission de Nightline avec les morts d'Irak. Je vais finir comme eux, j'en suis sûre», bredouille une jeune militaire avant de partir, en référence à un magazine d'information qui avait déclenché une polémique en diffusant tous les portraits des tués en Irak.
Là, difficile d'oublier que la guerre est une question de vies et de morts. Les caméras du réalisateur Steven Bochco s'attardent sur tous les carnages. Dans le premier épisode, une explosion arrache le torse d'un homme, dont les jambes avancent encore d'un pas avant de s'écrouler. Personne n'attendait des efforts d'aseptisation de la part de Bochco, célèbre pour avoir repoussé les limites du diffusable sur les networks américains avec sa série NYPD. Qui plus est, Over There est diffusé à 22 heures sur fX, la petite soeur de Fox sur le câble, autrement dit autorisée à proférer des jurons. Essentiel pour filmer la guerre quand, en novembre dernier, plusieurs chaînes affiliées au network ABC avaient renoncé à programmer Il faut sauver le soldat Ryan, craignant d'être sanctionnées par la FCC (le CSA américain) pour les jurons des troupes. Les soldats d'Over There, eux, s'en donnent à coeur joie. «Si un mortier te tombe dessus, les morceaux qu'on retrouvera de toi ne suffiront pas à remplir un préservatif», hurle un sergent à un nouveau.
Le fort en gueule, l'intello, le drogué... comme dans les films de guerre, les soldats de la série sont facilement identifiables. Les Irakiens, eux, n'existent que pour illustrer les difficultés des soldats américains à savoir à qui se fier pour atteindre leur objectif : «rester vivant pendant le prochain quart d'heure».
Avec ses dilemmes moraux, la guerre est une mine de trames dramatiques pour scénaristes. Si Steven Bochco a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de puiser ses scénarios dans l'actualité, on n'en est pourtant pas loin. Dans le deuxième épisode, des GI sont postés à un barrage de contrôle. Une voiture s'approche tous feux éteints. Les soldats font des tirs de sommation. Le véhicule continue à avancer... Dans un autre épisode, un prisonnier est interrogé avec l'aval d'un colonel qui a une vision assez élastique de la convention de Genève. Un soldat s'inquiète : «Il y a des types à Abou Ghraïb qui sont passés en cour martiale.»
La série ne prend pas trop de risques : la voiture cachait des terroristes et pas une journaliste italienne, et le détenu questionné avait effectivement des aveux à faire. Interrogé sur ce qu'il pensait de cette guerre, Steven Bochco garde ses idées pour lui. La série sera apolitique, a-t-il promis. «A partir du moment où vous prenez une position politique, vous ne faites pas ce que l'art est supposé faire : poser des questions provocatrices.» Impératifs artistiques ou télévision commerciale, cela reste sujet à interprétations dans un pays qui est toujours divisé sur l'intervention militaire en Irak. Selon le dernier sondage d'USA Today de mardi, 53% des Américains la jugent justifiée. C'est probablement la raison pour laquelle la question n'est jamais posée dans Over There. Comble de l'ironie dans cet Irak fictif reconstitué en Californie, un personnage gradé de la série s'inquiète de la présence des caméras d'al-Jezira près d'un champ de bataille, se plaignant d'avoir les mains liées par l'image de la guerre dans l'opinion, «ne pas avoir trop l'air comme ci ou comme ça»..
Difficile de savoir quel impact la série aura sur le grand public américain. Selon USA Today, seulement 43% des Américains prédisent une victoire américaine et 58% estiment que les Etats-Unis ne vont pas réussir à établir un gouvernement stable en Irak. 32% pensent que les Etats-Unis ne «peuvent pas» gagner la guerre en Irak, auxquels s'ajoutent 21% qui croient que leur pays a la capacité de gagner la guerre, mais la perdra.

Site Officiel
Le figaro
«J'ai vu l'émission de Nightline avec les morts d'Irak. Je vais finir comme eux, j'en suis sûre», bredouille une jeune militaire avant de partir, en référence à un magazine d'information qui avait déclenché une polémique en diffusant tous les portraits des tués en Irak.
Là, difficile d'oublier que la guerre est une question de vies et de morts. Les caméras du réalisateur Steven Bochco s'attardent sur tous les carnages. Dans le premier épisode, une explosion arrache le torse d'un homme, dont les jambes avancent encore d'un pas avant de s'écrouler. Personne n'attendait des efforts d'aseptisation de la part de Bochco, célèbre pour avoir repoussé les limites du diffusable sur les networks américains avec sa série NYPD. Qui plus est, Over There est diffusé à 22 heures sur fX, la petite soeur de Fox sur le câble, autrement dit autorisée à proférer des jurons. Essentiel pour filmer la guerre quand, en novembre dernier, plusieurs chaînes affiliées au network ABC avaient renoncé à programmer Il faut sauver le soldat Ryan, craignant d'être sanctionnées par la FCC (le CSA américain) pour les jurons des troupes. Les soldats d'Over There, eux, s'en donnent à coeur joie. «Si un mortier te tombe dessus, les morceaux qu'on retrouvera de toi ne suffiront pas à remplir un préservatif», hurle un sergent à un nouveau.
Le fort en gueule, l'intello, le drogué... comme dans les films de guerre, les soldats de la série sont facilement identifiables. Les Irakiens, eux, n'existent que pour illustrer les difficultés des soldats américains à savoir à qui se fier pour atteindre leur objectif : «rester vivant pendant le prochain quart d'heure».
Avec ses dilemmes moraux, la guerre est une mine de trames dramatiques pour scénaristes. Si Steven Bochco a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de puiser ses scénarios dans l'actualité, on n'en est pourtant pas loin. Dans le deuxième épisode, des GI sont postés à un barrage de contrôle. Une voiture s'approche tous feux éteints. Les soldats font des tirs de sommation. Le véhicule continue à avancer... Dans un autre épisode, un prisonnier est interrogé avec l'aval d'un colonel qui a une vision assez élastique de la convention de Genève. Un soldat s'inquiète : «Il y a des types à Abou Ghraïb qui sont passés en cour martiale.»
La série ne prend pas trop de risques : la voiture cachait des terroristes et pas une journaliste italienne, et le détenu questionné avait effectivement des aveux à faire. Interrogé sur ce qu'il pensait de cette guerre, Steven Bochco garde ses idées pour lui. La série sera apolitique, a-t-il promis. «A partir du moment où vous prenez une position politique, vous ne faites pas ce que l'art est supposé faire : poser des questions provocatrices.» Impératifs artistiques ou télévision commerciale, cela reste sujet à interprétations dans un pays qui est toujours divisé sur l'intervention militaire en Irak. Selon le dernier sondage d'USA Today de mardi, 53% des Américains la jugent justifiée. C'est probablement la raison pour laquelle la question n'est jamais posée dans Over There. Comble de l'ironie dans cet Irak fictif reconstitué en Californie, un personnage gradé de la série s'inquiète de la présence des caméras d'al-Jezira près d'un champ de bataille, se plaignant d'avoir les mains liées par l'image de la guerre dans l'opinion, «ne pas avoir trop l'air comme ci ou comme ça»..
Difficile de savoir quel impact la série aura sur le grand public américain. Selon USA Today, seulement 43% des Américains prédisent une victoire américaine et 58% estiment que les Etats-Unis ne vont pas réussir à établir un gouvernement stable en Irak. 32% pensent que les Etats-Unis ne «peuvent pas» gagner la guerre en Irak, auxquels s'ajoutent 21% qui croient que leur pays a la capacité de gagner la guerre, mais la perdra.

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